[Story to be found in the autumn issue, at your newsstand or by subscription.] Assigned female at birth, recognized as male in adolescence, Jean-Baptiste Grandjean was condemned in 1764 for his marriage to a woman. His fate, which inspired in 2023 the film Un jour fille, reveals the contradictions of a religious, medical and judicial order determined to categorize each person in one of the two sexes.
“It seems that the most apparent sex in him, at the first moment of his existence, was the female sex.” In 1765, the lawyer François-Michel Vermeil defends Jean-Baptiste Grandjean, condemned for having “abusé du sacrement de mariage” by marrying a woman while he himself had been assigned female at birth. The case, which the lawyer recorded in a Memoir for Anne Grandjean, is one of the best-documented intersex cases of the era.
Baptized Anne at birth in 1732 in Grenoble, Grandjean was first clothed and raised as a girl. In adolescence, however, the discovery of his attraction to women disturbed this assignment. His father consulted a confessor who, unable to conceive homosexual desire, concluded that Grandjean must “take the clothing appropriate to the dominant sex in him”. In 1746, at the age of 14, a change of gender: he is dressed and treated henceforth as a boy. So that when he joined, fifteen years later, in marriage to a certain Françoise Lambert in Chambéry, the authorities found nothing amiss with the union. His new identity would even be recognized in the official act that confirms his emancipation from paternal power, where he is named Jean-Baptiste.
Mais cette reconnaissance ne tient pas longtemps. After the wedding, the couple moves to Lyon, hoping to find work in textiles. Their daily life changes when Françoise encounters a woman named Legrand, who had been her husband’s lover in Grenoble. She wonders how she could “épouser Grandjean” and informs her, as reported in 1773 by the bibliographer Nicolas-Toussaint Des Essarts in a collection of trial reports, that he is “hermaphrodite.”
Troublée par cette révélation, Françoise Lambert se hâte de consulter à son tour son confesseur, lequel lui recommande de s’éloigner de son mari. Me Vermeil souligne l’ironie de la situation : c’est un premier confesseur qui pousse Grandjean à vivre comme un homme, avant qu’un second n’incite Françoise Lambert à refuser ce statut. Face aux questions de son épouse, Grandjean projette d’aller rencontrer avec elle le grand vicaire de Lyon, afin qu’il formule un avis sur la légitimité de leur mariage. Mais la mécanique du scandale s’est déjà enclenchée. La rumeur se répand qu’une “femme hermaphrodite” en aurait épousé une autre et le procureur du roi se saisit de l’affaire. Grandjean est arrêté et envoyé au cachot.
Since a choice must be made
Pour statuer sur son “véritable sexe”, des chirurgiens sont chargés de l’examiner. Le rapport médico-légal passe en revue sa pilosité, sa voix, la grosseur et l’aspect de ses “mamelons” ou même l’absence de sensibilité de sa gorge aux coups : “Il en a fait l’expérience devant nous.” S’ensuit une minutieuse description de ses organes génitaux. “Les experts ont indiqué que ce que Grandjean pensait être un pénis était en réalité un long clitoris. Pour eux, il s’agit d’une femme possédant tous les attributs propres à porter un enfant”, résume l’historien Mathieu Laflamme, auteur d’une thèse de maîtrise sur “l’hermaphrodisme devant la justice de la France d’Ancien Régime”. Cette expertise signe la condamnation de Grandjean : pour la justice, il est une femme qui a “abusé du sacrement de mariage en épousant comme homme la nommée Françoise Lambert”.
Prononcée le 20 octobre 1764, sa peine est décrite par l’historien René Favier dans un article universitaire publié en 2014 : “Attaché au carcan pendant trois jours sur la place publique avec l’écriteau ‘Profanateur du sacrement de mariage’, fouetté par la main du bourreau, il fut aussi condamné au bannissement à perpétuité.” D’après les archives judiciaires de l’Ancien Régime, Grandjean doit en outre reconnaître “à haute et intelligible voix” son crime, une déclaration qui doit s’achever par une demande de pardon “à Dieu, au roi et à la justice”. Refusant ce sort, Grandjean fait appel. Dans l’intervalle, il est maintenu en prison, à l’écart des autres. “On ne lui permet d’aller ni avec les hommes ni avec les femmes. C’est dans le secret de la prison la plus étroite et réduit à la plus affreuse solitude qu’il dévore sa douleur”, écrit son avocat.
Lors du second procès, la question n’est plus seulement de déterminer son sexe, mais d’établir s’il pouvait, de bonne foi, se croire homme. C’est l’axe de défense choisi par Me Vermeil : comment accuser son client d’avoir trompé la justice si son propre corps l’a conduit à se croire homme ? Elle a un prix, puisque l’anatomie et la vie sexuelle de l’accusé sont exposées dans les moindres détails.
Le 10 janvier 1765, le Parlement de Paris annule la condamnation pour profanation du mariage. Grandjean échappe aux châtiments corporels et à l’humiliation publique. Mais son mariage est invalidé. La justice lui ordonne de reprendre des vêtements féminins et lui interdit de revoir Françoise Lambert. Après cet arrêt, les sources historiques perdent sa trace. Plus de deux siècles et demi plus tard, les associations continuent de dénoncer les opérations pratiquées sur certains enfants intersexes sans leur consentement, un prolongement contemporain de cette volonté d’assigner coûte que coûte un sexe à chaque individu.